Toute la beauté du monde n’a pas disparu

« Toute la beauté du monde n’a pas disparu » de Danielle Younge-Ullman, édition Gallimard Jeunesse

Je dois commencer par arrêter d’y penser.
Pourtant, je continue à me demander pourquoi ma mère m’aurait, en connaissance de cause, inscrite à une version aussi dure et inconfortable de Peak Wilderness, si c’était vraiment une volonté de sa part.
Pourquoi m’aurait-elle fait ça, alors qu’elle-même, toujours propre sur elle, très élégante, tirée à quatre épingles, même dans les moments où elle n’avait pas beaucoup d’argent, qui n’est jamais sortie dans maquillage et considère qu’une femme ne peut pas parler de ses sous-vêtements, aurait détesté chaque instant de cette épopée ?
Ma gorge se serre et mes yeux s’emplissent de larmes. Je reste plantée face au lac en espérant que personne ne voit que je pleure.
Pourtant, je ne suis pas une chouineuse. Comme ma mère, je ne montre rien. Mais là, tout ce qui me procure un sentiment de sécurité et une apparence de normalité m’a été retiré, et je me sens nue, désarmée, vulnérable.

Trois semaines de randonnée dans un camp itinérant au milieu de la nature la plus sauvage ne présageait rien de bon. Confrontée à des épreuves physiques très dures et entourée d’une poignée de « jeunes à problèmes », Ingrid a dû mal à retenir l’agacement contre sa mère qui l’avait inscrite à ce programme. Était-elle au courant des conditions de vie dans ce camp ? Savez-elle que sa fille allait dormir dans la même tente que des drogués, des ex-détenus et des cinglés ? Coupée du monde et de la civilisation, Ingrid n’a plus aucun moyen de contacter sa famille. Et si elle veut que sa mère accepte son inscription dans une prestigieuse école de musique, elle doit apprendre à se dépasser, à surmonter son animosité et aller jusqu’au bout de cette aventure. Sera-t-elle capable de relever ce défi ?

Tous les soirs, après des journées longues et exténuantes, elle gribouille dans son carnet des lettres à sa mère. Les lettres que selon ses dires, elle ne lui enverra jamais. Les lettres, remplies d’ironie, d’amertume mais aussi d’amour, malgré tout, et plus on avance dans l’histoire, plus le ton de ces lettres s’apaisent. Voici une petite pépite tirée de la première moitié du roman pour vous donner une idée :

Chère maman,
Avec toute la délicatesse que tu as essayé de m’inculquer, je suis sûre que tu adorerais me voir assise autour d’un feu de camp avec des inconnus, sans sous-vêtements, en train de les faire rôtir au bout d’un bâton.
Un peu comme de la guimauve, en fait.
Compte des moustiques morts : mille cinquante.
Je t’embrasse,
Ingrid.

A la lecture de certains passages j’étais morte de rire, même si, bien sûr, je compatissais à la peine et à la souffrance de notre jeune héroïne. Peu à peu, le texte devient plus grave et plus sérieux, car en parallèle du récit de ses mésaventures au camp Peak Wilderness, Ingrid revient sur ses années d’enfance marquées par la carrière de sa mère, la diva de l’opéra, qui parcourait le monde avec les concerts. Malgré de nombreux voyages, l’enfance d’Ingrid était tout à fait heureuse jusqu’au jour où sa maman a eu des problèmes de voix, l’ayant forcée de mettre fin à sa carrière d’artiste et l’ayant plongé dans une profonde dépression…

En ouvrant ce livre, je ne savais pas à quoi m’attendre. La quatrième de couverture ne donnait pas beaucoup d’éléments pour comprendre l’intrigue et je n’ai trouvé aucun avis sur Internet. Je l’ai donc pris un peu au hasard, ou parce que le titre attirait l’œil. Et puis, je me suis très vite plongée dedans, d’un côté grâce au style de narration, vif et percutant, et de l’autre côté, grâce à la tension qui s’installe rapidement. Ingrid nous fait comprendre qu’elle a connu des éventements traumatisants dans son passé, mais elle nous les révèle à compte gouttes, en nous tenant en halène.

J’ai aussi beaucoup aimé que l’auteur prend soin de bien présenter les personnages secondaires de ce livre, notamment les compagnons d’infortune d’Ingrid au camp Peak Wilderness dont les caractères sont persuasifs et vivants. Ils sont surtout très bien construits, car si au début, on est un peu déboussolé par leur nombre, peu à peu on apprend à les connaître et à les apprécier (ou bien au contraire, à les détester !).

Les derniers chapitres de ce livre ont cependant un peu refroidi mon enthousiasme sans pour autant que je puisse en définir la raison exacte. J’ai été moins captivée par l’histoire et les dernières révélations m’ont paru prévisibles. J’avais l’impression que le récit s’essoufflait vers la fin, j’ai donc pris un peu moins de plaisir à le finir. Mais j’étais peut-être juste trop pressée à commencer la lecture d’un autre livre, qui sait ? 🙂

No Comments

Leave a Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.