Quand tu es parti – Maggie O’Farrell

Comment une histoire de secrets de famille, une histoire d’amour perdu et de pardon peut être aussi profondément bouleversante ? Grâce à une écriture magnifique, d’une justesse et d’une sensibilité très rare, surtout pour un premier roman. Ce roman est un bijou de littérature, je suis tellement contente d’avoir découvert cet auteure.

Il m’est toujours un peu difficile de parler des livres que j’ai vraiment beaucoup aimés. Je me sens émue, bouleversée mais je n’arrive pas à mettre la main sur ce qui m’a autant touché exactement. Les pensées, les sentiments, la souffrance de l’héroïne de ce roman ont fait résonner quelque chose en moi. Mais je ne saurai dire quoi et pour quelle raison. J’ai eu le sentiment de vivre cette histoire au lieu de la lire. N’est-ce pas un signe d’une œuvre de fiction réussie ?

Ce roman raconte l’histoire d’Alice qui se rend en train à Édimbourg afin de rendre visite à ses sœurs. A peine arrivée à la gare et installée dans un café avec les siens, elle voit quelque chose de si choquant et déstabilisant qu’elle prend sur le champs le train de retour. Pour se jeter quelques heures plus tard sous les roues d’une voiture…

« Elle n’avait pas pu s’absenter plus de quatre minutes de la table du café où étaient assises ses sœurs avec sa nièce et son neveu, mais pendant ce temps elle vit quelque chose de tellement étrange, inattendu et répugnant que ce fut comme si elle avait découvert, d’un coup d’œil dans le miroir, que son visage n’était pas celui qu’elle croyait avoir. Alice regarda, et il lui sembla voir voler en éclats tout ce qui lui restait. Et tout ce qu’elle avait déjà perdu. Elle regarda encore, et encore. Elle était sûre, mais aurait voulu ne pas l’être. »

A la suite de ce grave accident, Alice est plongée dans le coma. Son corps est inerte, mais son esprit reste éveillé et erre dans ses souvenirs. Au fil de ses pensées, de manière désordonnée, on reconstitue petit à petit le puzzle de son passé qui aboutit à ce désir de mettre fin à ses jours. Au début, j’ai été un peu déboussolée par ce style de narration assez particulier. Mais on commence à l’apprécier au fur et à mesure que la mosaïque de la vie d’Alice se ressemble.

« Je suis quelque part. J’erre. Je me cache. Des pensées qui courent en rond sur des pistes, au hasard, déconnectées comme des billes dans le circuit d’un flipper. »

Elle nous raconte son enfance dans une petite ville écossaise où tout le monde se connaît. Elle parle de sa mère, froide et cassante, coincée dans un mariage sans amour, à laquelle elle essaie de plaire sans succès. De sa grand-mère tendre et généreuse qui parvient à lui apporter un peu de soutient et de réconfort. Elle nous raconte ses années d’adolescence lorsqu’elle devient rebelle et incontrôlable, et enfin, sa vie d’adulte et son histoire d’amour avec John, le fils d’un intégriste juif.

« Je suis amoureuse, songe-t-elle, j’aime cet homme, je l’aime. Elle explore ce sentiment, prudemment, comme quelqu’un qui marche pour la première fois sur une jambe tout juste guérie, découvrant ses limites, guettant son moindre signe de faiblesse. »

Nous savons dès le début que cet amour fou qu’elle vit à cent à l’heure n’aura pas une fin heureuse. En effet, nous la devinons seule au moment de son suicide raté et le titre lui-même nous souffle l’absence douloureuse de John à ses côtés. Qu’est-il arrivé à ce couple qui nous paraissait tellement soudé ? Comment une relation d’une telle force et intensité puisse aboutir à la séparation ? Je pensais savoir et j’avais peur de le découvrir. Mais la vérité a été tout à fait différente…

« Je l’aimais plus que je n’avais jamais rien aimé au monde. Comment aurais-je pu savoir qu’il était un don que je ne pourrais pas garder ? »

Le secret qu’il nous tarde à découvrir se révèle petit à petit. En réalité, au moment de la révélation, on n’est plus tellement surpris car le récit d’Alice et de son passé nous donne des indices. On comprend juste que cette découverte qu’elle fait à la gare d’Édimbourg n’est qu’un coup de plus, un coup de trop pour elle.

Même si l’histoire d’Alice et de John occupe une place centrale dans ce roman, il serait bien trop simple de le qualifier de « roman d’amour ». Le sujet principal est plutôt la famille, les non-dits, le rejet et le pardon. Les deniers chapitres m’ont énormément touché et m’ont même arracher quelques larmes.

« Qu’est-on censé faire de tout l’amour qu’on éprouve pour quelqu’un s’il n’est plus là ? Qu’advient-il de tout cet amour qui reste ? Doit-on le refouler ? L’ignorer ? Ou le donner à quelqu’un d’autre ? »

En repensant à ce roman, je ne lui trouve quasiment aucun défaut. Les personnages sont vrais, vivants, l’écriture est très belle, fluide où chaque mot sonne juste et à sa place. Je l’ai avalé d’une traite. Ce ne sera certainement pas mon dernier roman de Maggie O’Farrell.

1 Comment

  • Reply Six livres que je veux lire cet été - Le Journal malgré lui juillet 12, 2019 at 9:35

    […] avoir beaucoup aimé Quand tu es parti et I am, I am, I am, je me suis fixée l’objectif de lire tous ou presque tous les livres de […]

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