Pourquoi relire Harry Potter à l’âge adulte ?

Je pense que je ne serai pas très loin de la vérité en affirmant que les romans sur Harry Potter sont parmi les livres les plus relus de la planète. Alors, pourquoi cet engouement ? Pourquoi on y trouve toujours notre compte alors que nos cheveux deviennent grisonnants, nos enfants grandissent et on connaît déjà presque toutes les péripéties de l’intrigue ? Pourquoi Harry Potter est un livre à lire et relire à tout âge ? Pour tenter de répondre à cette question quasi philosophique, je vous propose cet article sans grande prétention, profondément subjectif et auto-centré…

Tout d’abord, une petite note de nostalgie. J’ai découvert le premier tome de la saga dans les années 1999-2000 à l’âge qui approchait celui de notre jeune héros au moment de la réception de sa lettre du Poudlard… J’ai enchaîné les tomes suivants au fur et à mesure de leurs sorties, et ils ont fortement marqué mes années scolaires (je pense que c’était le cas d’une grande partie des jeunes de ma génération). Petite précision : comme j’ai grandi en Russie, j’ai lu tous ces livres en russe. Ça vous dit de jeter un coup d’oeil sur les couvertures de ces éditions russes originales ?

Petite précision numéro deux : en général, je ne lis pas très vite et il est extrêmement rare que je relis des livres. Alors, pourquoi, presque vingt ans après, j’ai voulu me replonger dans les aventures d’un jeune sorcier balafré à lunettes ?

Pour avoir plus d’arguments pour défendre les « Animaux fantastiques ».

J’ai commencé à relire les sept tomes d’Harry Potter après avoir regardé Les Crimes de Grindelwald, sortie en novembre 2018. Malgré les violentes critiques parues dans la presse et les fanzines, j’ai eu un gros coup de cœur pour ce seconde volet des Animaux fantastiques. Je suis même allée le voir au cinéma trois fois, c’est pour tout dire !

Toutes les critiques négatives ont, bien sûr, fait saigner mon petit cœur. Mais le pire c’est qu’elles se réclamaient toutes « objectives » et pointaient divers incohérences du film par rapport à la saga d’origine. J’ai donc voulu m’assurer si ces incohérences étaient aussi graves qu’on disait. Et si c’étaient vraiment des incohérences.

Le décorticage de ces incohérences (qui ne le sont pas toujours, j’ai les preuves maintenant) mériteraient bien un article à part. Mais je ne suis pas sûre d’avoir du courage et surtout envie de lutter contre cette « vague de haine ». La fiction doit rester un plaisir. Et on a tous droit d’aimer ou détester une œuvre de fiction sans avoir besoin de se justifier…

Pour se rappeler les bons souvenirs de son enfance.

Nous avons tous des livres doudous qui nous rappellent plein de souvenirs de notre enfance. Touts ces moments d’évasion au fond du fauteuil qui nous permettaient d’oublier les tracas du quotidien, les problèmes au collège, les querelles entre amis… Tous ces livres qui nous ont appris le plaisir de la lecture, la possibilité d’évasion au fond de son canapé, la magie de vivre plusieurs vies en même temps. Pour moi, Harry Potter est mon livre-doudou par excellence.

Lire des livres de son enfance (ou de bons livres jeunesse tout simplement) a aussi un autre pouvoir sur notre morale. Comme l’a dit quelqu’un d’intelligent, ça nous permet de « nous abstraire temporairement de notre condition d’adulte », de retrouver un certain état d’innocence et le pur plaisir de lire, comme par le passé.

Par exemple, je suis toujours un peu surprise (agréablement, je veux dire) de voir tous ces adultes qui viennent tous les ans au salon de livre de Montreuil. La plupart d’entre eux ont ce petit quelque chose dans leur regard, la manière de s’habiller, de parler, de se tenir. En réalité, ils ont tous cet air des enfants qui ont grandi ayant gardé leur âme d’enfant. Ils sont – nous sommes – tous des Peter Pan, en quelque sorte. On ne pourra jamais renoncer aux livres pour enfants.

Pour améliorer son anglais.

Je trouve que les romans de J. K. Rowling sont excellents pour se mettre à la lecture en anglais. Ou encore à l’écoute des livres en anglais. Les plus motivés peuvent même concilier les deux : écouter un chapitre du livre audio (avec la voix de Stephen Fry), et ensuite relire le même chapitre dans le livre.

Le niveau des premiers tomes est vraiment accessible au plus grand nombre. Personnellement, j’ai relu en anglais les deux premiers, et mon niveau de cette langue est loin d’être perfect.

Un petit aperçu de la mise en voix du premier tome par Stephen Fry.

Pour avoir un autre regard sur les personnages et les événements

On ne lit pas de la même manière le même livre à 11 ans et à 31 ans. Pas plus qu’on ne lit pas de la même manière le même livre pour la première et la deuxième fois. Le relecture nous permet de prendre du recul, de voir des détails que l’on n’a pas vus avant. Enfin, la relecture à l’âge adulte nous permet de faire une analyse peut-être plus poussée et de voir des sens cachés et des parallèles avec notre monde et notre société plus facilement. Si l’univers décrit dans le livre ainsi que l’intrigue et les personnages sont complexes et foisonnants, la relecture ne peut que nous enrichir et nous permettre de mieux comprendre l’intention de l’auteur.

«Un gouvernement qui ment à ses citoyens, des ministres en collusion avec les pires des crapules, une journaliste traînant des réputations dans la boue pour le seul chiffre de tirage de son magazine, de bons bourgeois qui martyrisent un enfant au nom d’une certaine bienséance, des citoyens fortunés et respectés qui se cagoulent pour les cérémonies d’une secte raciste, un simple jeu où l’on poursuit une balle, soudain érigé en enjeu majeur de toute la société…

Sont-ce là les gros titres des journaux d’hier, ou bien alors les grandes lignes d’un article sur l’histoire du XXe siècle ? Non point : il s’agit de quelques clefs de l’intrigue d’une série de sept romans pour la jeunesse, parus entre 1997 et 2007 et qui ont littéralement bouleversé le monde des livres.»

Panorama illustré de la fantasy & du merveilleux, André-François Ruaud

Pour savourer un excellent livre, tout simplement.

Enfin, quoi qu’on dise, Harry Potter est juste un excellent livre jeunesse. Je peux l’affirmer maintenant la main sur le cœur car j’en lis beaucoup pour mon travail. Avec ce nouveau regard et ce bagage de livres lus un peu plus conséquent, j’admire toujours tout autant l’imagination de J.K. Rowling, son sens de l’intrigue, son intelligence pour semer les indices tout au long du récit, son habilité à créer un univers immersif, et enfin, son talent d’une conteuse hors norme.

Il semblerait que certains critiques littéraires et romanciers reprochent à J.K. Rowling son style d’écriture. Même Stephen King lui aurait reproché « son usage surabondant des adverbes, diagnostiquant dans cette faiblesse stylistique l’expression d’une insécurité narrative. » Personnellement, je trouve son style très fluide et agréable. Mais je ne suis certainement pas assez compétente pour en juger. Je peux juste dire une chose : à partir du moment où le style de l’auteur jeunesse est correct, je ferai plutôt attention à l’intrigue, l’univers, l’ambiance et surtout les personnages. Je devrais peut-être me sentir honteuse de le dire (ou pas) mais je lis par plaisir. J’ai donc envie d’être emportée, de m’évader, de me sentir émue ou touchée… Merci à J.K.Rowling de m’avoir offert toute cette gamme de sensations littéraires !

Pour conclure, je dirai juste que j’ai dévoré les six tomes en seulement un mois. Et je pense aussi que cette relecture de Harry Potter ne sera certainement pas ma dernière.

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