Octobre // Soren Sveistrup

Lire un polar avec une couverture automnale en plein mois de juin ? Avec plaisir. Surtout si la couverture en question porte un nom d’auteur à la consonance scandinave. Et surtout si cet auteur n’est l’autre que le créateur de la célèbre série danoise Forbrydelsen (The Killing) qui m’a fait frissoner il y a quelques années. J’ai donc tout naturellement été attirée par le premier roman de Soren Sveistrup que j’ai dévoré en quelques jours. Cependant, même si Soren Sveistrup confirme haut la main son talent du maître de suspense, mon avis final est quand même légèrement nuancé…

Si j’ai autant aimé la série Forbrydelsen en 2014, c’est en grande partie grâce à son caractère « enquête à tiroirs » qui donnait lieu à de nombreuses fausses pistes et créait le suspense et l’addiction. C’est aussi grâce à l’héroïne principale au caractère fort, têtu et bien trempé, obsédée par son travail. J’ai retrouvé avec joie cette même particularité du développement de l’intrigue à travers plusieurs histoires données comme des pièces de puzzle. L’enquête est complexe et le dénouement est plus qu’incertain.

« …Il ne saurait pas dire combien il y a de petits bonhommes et de petites bonnes femmes en marrons posés sur ces étagères. Il y a des animaux, aussi. Des grands et des petits, enfantins et effrayants, certains achevés, d’autres difformes. Marius est fasciné par leur nombre et leurs différences. Ces figurines l’emplissent d’un profond malaise… »

Octobre est un récit de plusieurs meurtres macabres liées entre elles par un petit détail déconcertant : la présence d’un petit bonhomme de marron sur les scène du crime. L’affaire est confiée à la jeune inspectrice Naia Thulin et à son coéquipier, un policier d’Europol en disgrâce, Mark Hess. Ensemble, ils ne tardent pas à découvrir que les bonhommes de marron des scènes de crimes sont porteurs de mystérieuses empreintes. Celle de la fille de Rosa Hartung, ministre des Affaires Sociales, enlevée un an plutôt et présumée morte. Les deux inspecteurs sont convaincues que le meurtrier essayer de faire passer un message et qu’il n’a pas encore terminé… La traque du « Tueurs aux marrons » se transforme à une véritable course contre la montre.

Comme dans la série Forbrydelsen, l’enquête sera très étroitement liée à la vie politique du pays. Fidèle à la tradition des polars nordiques, l’auteur porte un regard pessimiste sur le système social et montre des failles qui mettent en péril la famille et l’enfance. Les situations décrites sont inimaginables et mettent mal à l’aise. A un moment, j’ai ressenti même un sorte de saturation face à toutes ces sordides histoires de violence et de maltraitance… Décidément, je ne lirais pas ce genre de roman tous les jours.

L’auteur pointe du doigt également la police criminelle. Car si l’enquête piétine autant c’est aussi à cause de l’incompétence ou des égos démesures de certains policiers, notamment haut-placés. Je ne sais pas si c’est un cliché des romans policiers, mais ce côté « flics pourris » m’a légèrement agacé. Je voyais que certains coéquipiers freinaient l’enquête et j’avais envie de sauter quelques pages. Mais ce serait trop simple sinon, n’est-ce pas ?

« Depuis quelque temps déjà, Hess pensait à la mort avec indifférence. Pas parce qu’il n’aimait plus vivre, mais parce que être encore en vie était devenu trop douloureux. Il n’avait pas consulté, il n’avait pas demandé d’aide à ses quelques rares amis et il n’avait écouté les conseils de personne. Il s’était contenté de fuir, il avait couru aussi vite que des jambes pouvaient le porter, l’obscurité sur ses talons, et parfois il avait réussi à la distancer. « 

Les deux enquêteurs principaux m’ont paru intéressants mais peut-être un peu lisses. Surtout Naïa Thulin à qui je n’ai pas réussi à m’attacher. Froide, distante et même égoïste, je l’ai trouvée trop concentrée sur elle-même et sur sa future carrière dans le service de lutte contre la cybercriminalité. Le personnage de Hess m’a plu davantage. Certes, il a le caractère déjà vu d’un « flic torturé » au passé dramatique. Mais c’est le seul à être suffisamment obstiné et perspicace pour réellement faire avancer l’enquête.

Pour résumer, j’ai passé un très bon moment en compagnie de ce livre. Je l’ai littéralement dévoré en quelques jours, tellement il était addictif. C’est un très bon thriller nordique mais qui ne renouvelle pas le genre pour autant.

Ma note : 3,5/5

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