Nous autres simples mortels

Nous autres simples mortels de Patrick Ness, édition Gallimard Jeunesse

Les indie kids, hein ? Vous en avez dans votre lycée, vous aussi. Cette bande aux coiffures de geeks, aux fringues de dépôt-vente et aux noms siglés fifties. Sympas dans leur genre, jamais vicelards, mais toujours ceux qui finissent par être les Élus quand les vampires débarquent ou que la reine alien a besoin de la Source de Toute Lumière et ainsi de suite. Ils sont bien trop cool pour jamais, au grand jamais aller au bal de la promo ou écouter autre chose que du jazz en lisant de la poésie. Ils ont toujours une histoire en cours dont ils sont les héros. Nous autres, simples mortels, on doit se contenter de vivre ici, loin du feu de l’action et tenus dans une ignorance quasi totale.

Bon, il faut avouer que les indies kids meurent quand même beaucoup. Et là, on n’aimerait pas être à leur place.

Mikey et ses amis n’apprécient pas particulièrement les indies kids, cette bande d’ado constamment empêtrés dans le sauvetage du monde contre les Méchants de tous genres : les fantômes, les vampires et autres mangeurs d’âmes. Les indies kids se tiennent à l’écart et ne se mêlent pas aux autres, mais surtout, ils n’expliquent jamais les choses bizarres qui sont en train de se passer. Un peu las d’être de simples figurants lors des innombrables catastrophes qui s’abattent sans cesse sur leurs têtes, tous les autres habitants de cette petite ville de banlieue ont appris à vivre avec, sans vraiment s’en soucier. Encore une fin de monde en perspective ? Oui, mais pas avant le bal de la promo, s’il-vous-plaît !

Dans son nouveau roman, Patrick Ness choisit le point de vue assez original et donne la parole à ceux qui sont habituellement considérés comme des personnages secondaires. Ils ne sont pas les Élus, ils n’ont pas de super-pouvoirs, et ils ne sont pas destinés à sauver le monde. En fait, ils ont juste la malchance d’habiter ici et de vivre leurs vies d’ados dont les principales préoccupations sont les examens de la fin d’année, les relations avec les parents et les histoires du cœur. Patrick Ness fait un gros zoom sur ces personnages et en fait des portraits très vivants et détaillés.

Prenons Mikey, élève en Terminale, doué pour les études, mais nul lorsqu’il s’agit d’avouer ses sentiments à Henna, son amie de longue date. Fils d’une mère absorbée par sa carrière politique et d’un père noyé dans l’alcool, il est obsédé par l’anxiété et par des tics nerveux qui le forcent, entre autres, à se laver et se relaver les mains en boucle plusieurs fois jusqu’à ce que son ami Jared ou sa soeur Mel ne lui viennent en aide… Tout ceci peut paraître moins palpitant que la lutte contre les Méchants qui se sont mis en tête d’envahir notre monde.   Et pourtant, on parvient facilement à s’attacher à cette bande de copains « normaux » qui paraissent beaucoup plus humains et plus proches de nous, tous les autres simples lecteurs (héhé, c’était facile, j’avoue).

Avant chaque chapitre, Patrick Ness fait brièvement le point sur les « aventures trépidantes » des indies kids. Ces petits passages sont écrits au style neutre et factuel, mais de temps en temps on y perçoit une petite note d’ironie. En fait, je crois que Patrick Ness se fichent pas mal des indies kids. Entre les lignes, il sème régulièrement des petites pics à l’air anodin qui en disent long sur sa vision (ou sa lassitude ?) des saga fantastiques à la mode. Voici mon passage préféré :

Chapitre dixième, où les indies kids Joffrey et Earth disparaissent de leurs maisons, leurs corps retrouvés à des kilomètres de là. Sacoche va se réfugier dans un drive-in abandonné avec ses camarades indie kids Finn, Dylan, Finn, Finn, Lincoln, Archie, Wisconsin, Finn, Aquamarine et Finn ; voyant une lumière bleue dans la nuit, Sacoche rencontre le garçon de l’amulette, le plus mignon qu’elle ait jamais vu ; il lui dit que l’endroit n’est pas sûr pour elle ni pour les autres et qu’ils devraient s’enfuir ; puis il lui dit qu’elle est belle à sa manière très particulière, et elle se dit alors qu’elle peut lui faire confiance ; les indies kids rentrent chez eux.

Le rythme de la narration est assez lent, le manque d’action peut même rebuter certains. Personnellement, j’ai trouvé que ce livre se lisait très facilement, et j’ai été reconnaissante à Patrick Ness d’avoir choisi ce point de vue qui apparaît comme une bouffée d’air frais dans le monde éditoriale où les sagas fantastiques remplis de clichés ont envahis le marché. Je pense que ce roman a également plusieurs lectures, je n’ai pas sûre d’avoir saisi toutes les allusions, d’avoir déchiffré en entier l’intention de l’auteur. Je serais curieuse d’en discuter avec d’autres personnes qui l’ont lu. J’ajoute également que c’est le premier roman de Patrick Ness que j’ai lu. Ce n’est pas son meilleur, dit-on sur le net. Une raison de plus pour lire les autres !

No Comments

Leave a Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.