Les fils de George

Les Fils de George de Manu Causse, édition Talents Hauts

– Je t’ai jamais demandé, Marie… tu crois en Dieu, toi ? Enfin, tu as une religion ?
Elle hausse les épaules :
– Ma grand-mère va à l’église. J’ai une tante qui va à la mosquée.
– Et, je veux dire, elles sont pas… enfin, elles sont normales ?
– Ben ouais. Enfin, c’est normal pour elles. A Noël, elles font des trucs ensemble.
– D’accord, mais toi ? Enfin, je veux dire… Dieu, tu… y crois ?
C’est bizarre, de poser cette question, surtout à une super copine. Je me rends compte que je connais le nom de son auteur préféré (John Greene, évidemment), l’endroit où elle passe ses vacances d’été (Marvejols, en Lozère, même si je ne sais pas à quoi ça peut ressembler) et pas mal de secrets qu’elle m’a confiés, et pourtant, je ne sais pas du tout ce qu’elle pense, au fond, de la vie. Du sens de l’existence.

Avec un prénom tel que Mardochée, il n’est pas facile de passer inaperçu dans un lycée ordinaire. Obligé de fréquenter les cours jusqu’à l’âge de seize ans, le jeune homme n’aspire qu’à une chose : quitter au plus vite le « Temple des mensonges » pour passer la Conversion et se consacrer pleinement à sa religion. Car depuis le plus tendre enfance, Mardochée appartient à la Congrégation du Livre de George, une communauté religieuse fermée qui promeut le mode de vie très rude et spartiate. Cependant, un garçon de sa classe au nom de Léo  arrive à semer le trouble dans les certitudes qui lui ont été transmises par ses « géniteurs » ainsi que par le pasteur Wiggins, le chef incontesté de la communauté. Déchiré entre les préceptes religieux et les tentations « diaboliques » de la vie d’un ado, Mardochée devra faire un choix. D’autant plus que la mort de l’un de ses amis de la Congrégation risque serieusement de faire pencher la balance…

Avant tout autre chose, je dois dire que j’aime beaucoup la collection « Ego » de Talents Hauts. J’ai déjà lu quatre autres titres de cette collection (La porte de la salle de bain, Trop tôt, Mauvaise connexion, Pour qui tu m’as prise ?), et je les ai tous trouvés bouleversants, justes et nécessaires. En abordant des sujets extrêmement graves, ils faisaient retentir des signaux d’alarme comme pour nous avertir: fait attention, cher lecteur, ça peut arriver à tout le monde. C’est donc avec beaucoup d’attente et de curiosité que je me suis penchée sur ce petit nouveau de la collection.

Quatrième de couverture

Ce roman reproduit tous les codes de la collection : il est écrit à la première personne (nous alternons les points de vue de Léo et de Mardochée), il est assez court, et il parle d’un sujet de société aussi grave que compliqué – les sectes. Toutefois, dès le début, je l’ai trouvé légèrement différent de tous les autres titres de la collection que j’ai lus. D’abord, le protagoniste est un garçon qui a passé toute sa vie dans une communauté religieuse qui niait toute forme de sciences et du progrès humain. Il y est né, il y a grandi. Il est donc moins facile de s’identifier à un tel personnage, même si, bien évidement, c’est très intéressant de découvrir et de comprendre sa vision du monde. Et puis, contrairement aux autres romans de la collection « Ego », nous sommes devant une situation plus rare et peut-être moins vraisemblable : avez-vous déjà rencontré beaucoup de personnes qui font partie d’une secte et qui ont besoin de vous pour la quitter ? Ces deux particularités ne constituent pas vraiment des défauts de ce roman, mais elles expliquent peut-être en partie pourquoi je me sentais moins captivée par cette histoire que d’habitude (le livre a trainé pendant plusieurs jours sur mon bureau alors que tous les autres titres ont été lus en seulement une heure ou deux !). Je ne comprenais peut-être pas à qui ce livre s’adressait réellement ?

175 pages, plutôt épais pour la collection

Je trouvais aussi que la fascination de Léo pour Mardochée, son désir de le comprendre et de le secourir à tout prix étaient, certes, louables mais méritaient quelques questions. Un garçon différent tel que Mardochée au milieu des ados de quinze ans ? J’imagine tout de suite des rires, des moqueries, de l’incompréhension, de l’hostilité. Notre personnage a visiblement eu beaucoup de chance d’avoir des lycéens aussi respectueux autour de lui, mais en tant que lectrice, ça me laisse un peu sceptique (je vois le monde en noir peut-être ?).

Ces quelques détails mis à part, ce roman parvient tout de même à nous faire réfléchir à des questions importantes : quelle est la place de la religion dans notre vie ? Jusqu’à où pourrions nous allez au nom de nos croyances religieuses? La liberté de culte, donne-t-elle tous les droits, surtout à l’égard des plus jeunes ? Ce sont des questions qu’on ne voit pas souvent dans la littérature jeunesse mais qui sont pourtant terriblement actuelles aujourd’hui. C’est là où j’ai trouvé l’intérêt principal de ce livre que j’ai finalement plutôt bien aimé malgré mes réticences du début.

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