Le Fer au coeur

Le Fer au coeur de Johan Heliot, édition Gulf Stream

« Maïan gisait sur la pierre froide, dans l’obscurité, esprit et corps fragmentés en milliers de morceaux, étonnée de vivre encore. Mais était-ce bien le cas ? Le Père ne lui jouait-Il pas un tour cruel à Sa façon en le lui faisant croire ?
Elle brûlait du souvenir de la douleur et de l’ardeur avec laquelle Fulci la lui avait infligée, mais ne ressentait plus rien. Combien de temps les coups de bâton avaient-ils plu en travers de son dos et de ses jambes ? Impossible de se rappeler. Les premiers lui avaient causé une souffrance si vive qu’elle s’était soudain murée dans une citadelle intérieure dont les remparts protégeaient ses pensées. Sans cela, elle aurait perdu la raison en entendant ses os craquer les uns après les autres… »

Dans une cité futuriste où la religion a pris le dessus sur la civilisation et le progrès, la vie sociale est régie par l’autorité des défenseurs de la Vertu. Toute la forme du science ou de l’art est prohibée, et les femmes, exclues de la vie publique, sont obligées de se couvrir la tête et de s’incliner devant la gent masculine. Deux voix s’enchaînent pour décrire l’ordre établi à Pérennia : celle de Maïan, une jeune femme amoureuse ayant la malchance de croiser le regard d’un dévot qui la violente et abuse d’elle, et celle de Leonardo, un étudiant studieux et un inventeur de talent qui porte beaucoup (trop, aux yeux des dévots) d’intérêt pour la « science des anciens ». Dénoncé par un confrère pour avoir inventé une « machine à capter les voix », Leonardo subit un châtiment terrible et se retrouve contraint de s’exiler dans la Ville-Basse, un sous-terrain sinistre et nauséabond où règne la loi du plus fort. Maïan, qui vient chercher la justice auprès des magistrats après son agression, se voit condamnée à son tour et, violemment battue, perd l’usage de son corps. Les chemins de ces deux personnages vont se croiser dans la Ville-Basse où ils vont tenter de reconstruire leurs vies et unir leurs forces pour renverser l’ordre établi…

Dès les premières pages, l’auteur décrit une société très sombre et rude, et nous plonge d’emblée dans un bain de violence. Rien n’est épargné à nos jeunes héros : des châtiments, des viols ou des menaces de viols, des affronts, des injustices… parfois j’avais presque peur de tourner les pages, tant l’atmosphère me paraissait oppressante et imprévisible. Je me demandais jusqu’à où l’auteur était prêt à aller, et parfois, j’étais tentée de sauter quelques pages pour ne pas être prise au dépourvue.

Cependant, après l’arrivée de Maïan et de Leonardo dans la Ville-Basse, le sujet prend la tournure plus « classique » et donne un légère impression de « déjà-vu » : une révolte, une rébellion qui se prépare, une jeune fille martyrisée qui devient le symbole de la lutte contre l’oppression… Cela vous rappelle peut-être quelque chose ? Personnellement, je n’aurais pas été autant gênée par ces quelques lieux communs, si les personnages principaux ne m’avaient pas autant agacé. Je n’arrivais pas à m’attacher à Maïan, elle me paraissait trop insouciante au vue de tous ce qu’elle a vécu, trop agressive envers les gens qui l’ont secourue, trop naïve sur le champ de bataille… Leonardo quant à lui n’était pas doté d’un caractère très fort à mes yeux, mais ce sont surtout ses sentiments pour Maïan qui m’ont autant tapé sur les nerfs. N’était-ce pas trop facile, précipité, prévisible ? Ou est-ce qu’il n’y a que la beauté qui compte ? Les personnages secondaires, notamment ceux de Volco et Lanaé sont, en revanche, beaucoup plus convaincants, intéressants et attachants.

J’étais presque à deux doigts de classer cette lecture au rang de mes déceptions lorsque le récit a pris un tournant tellement inattendu que j’en suis restée bouche bée. Les révélations finales et les rebondissements de la dernière partie m’ont donc vite cloué le bec et finalement, je sors de cette lecture plutôt sur une bonne impression. La fin laisse un gout un peu doux-amère, mais elle est tellement belle et conclue tellement bien ce roman (un one-shot pour une fois !) que j’étais presque prête à oublier les faiblesses des personnages principaux dont j’avais parlé ci-dessus. Je vous laisse faire votre propre jugement, on en reparle après ?

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