L’Amour dans l’âme // Daphné du Maurier

En ouvrant le premier roman de Daphné du Maurier paru en 1931 sous le titre The Loving Spirit, je ne prenais beaucoup de risques. Daphné du Maurier a toujours été pour moi une valeur sûre. Je fais partie de ses lecteurs conquis, grâce à Rebecca que j’ai lu deux fois, Le Bouc émissaire, Ma cousine Rachel et L’Auberge de la Jamaïque. Même si j’ai un peu moins aimé ce dernier, Daphné du Maurier reste une de mes auteures préférées. Ma lecture de tous ces romans commencent à dater maintenant. C’est donc avec un plaisir tout particulier que je me suis plongée dans celui-ci

Découvert grâce à la sélection du mois de juin de Livres et Parlotte, L’Amour dans l’âme est un roman de Daphné du Maurier que je ne connaissais pas. Elle avait seulement vingt-deux ans lorsqu’elle a écrit ce roman, mais on sent déjà la maturité de sa plume et de son esprit. Raconter la vie d’une famille à travers quatre générations est une idée ambitieuse, surtout pour un jeune auteur. Mais je trouve que Daphné du Maurier s’en sort avec beaucoup de talent et de finesse.

« Elle éprouvait, à présent, une soif de liberté qu’elle n’avait jamais ressentie auparavant. C’était pour elle un véritable déchirement de voir un navire quitter le port de Plyn, ses voiles ouvertes au vent, tel un merveilleux mirage traversant les mers. Quelque chose, alors, se tordait dans sa poitrine et la pressait de partir. »

L’Amour dans l’âme est donc une fresque familiale qui s’étend sur cent ans et dont le décor est la petite ville (imaginaire) de Plyn située sur la côte sud de Cornouailles, en Angleterre. Nous suivons la vie de la famille Coombe, composée de constructeurs de bateaux et de marins, tous unis par leur amour de la mer et de l’indépendance. En commençant par Janet Coombe, une jeune femme à l’esprit libre qui rêve de prendre la mer et de mener la vie d’un homme, on fait connaissance de ses descendants sur trois générations. Et tout particulièrement, de son fils, Joseph au tempérament fougueux, passionné et sauvage. De son petit-fils, Christopher, un jeune homme plus délicat et réservé. Et enfin, de son arrière-petite-fille Jennifer, une jeune femme courageuse qui voudra tracer elle-même son destin.

Le début m’a fait un peu penser au roman d’Emily Brontë Les Haut de Hurlevents. Notamment dans la description du caractère impétueux de Joseph Coombe et de ses relations fusionnelles avec sa mère, Janet. La force de la nature et de la mer déchainée est aussi très présente en toile de fond tout au long du récit. Le personnage de Joseph Coombe est sans doute celui qui marque le plus. Mais je l’ai trouvé très dur et même blessant avec ses proches à certains moments. Comme avec le roman d’Emily Brontë (que je n’ai toujours pas lu en entier), j’ai eu du mal avec ce caractère indomptable et passionné.

« Janet, Joseph, Christopher, Jennifer : ils demeuraient tous unis par un étrange et même amour, par un même esprit d’inquiétude et de souffrance, par une semblable et intolérable passion pour la beauté et l’indépendance. Ils avaient tous rêvé de mystérieuses aventures et de chemins inconnus, mais n’avaient trouvé de paix qu’à Plyn et les uns par les autres ; à chacun d’eux, la mort avait arraché celui qu’il aimait, sans arriver à rompre les multiples liens qui les unissaient tous dans un même esprit d’amour ! »

Parmi les personnages, c’est sûrement celui de Jennifer Coombe que j’ai le plus aimé. Une fille aimante et profondément dévouée à son père, elle a la force et l’honnêteté de s’opposer ouvertement à la tyrannie de sa grand-mère maternelle. C’est la seule qui va réussir réellement à s’affranchir du poids de la société et de l’héritage et de choisir sa propre voie. Elle sera aussi celle qui parviendra à réparer les injustices du passé, infligées à son père et à son grand-père. En voici un portait d’une femme forte et indépendante par excellence.

« Elle conçut l’horreur que l’on doit éprouver à grandir, l’horreur de ne plus rire des choses vraiment drôles, de ne plus courir à perdre haleine, de ne plus pouvoir s’imaginer que l’on est un garçon et de marcher tristement au lieu de battre les arbres au passage avec un baguette. Elle pensa qu’un jour elle ne trouverait plus délicieux de donner des coups de pied dans les feuilles que l’automne rassemble dans les caniveaux, de construire des campements avec des chaises, de faire des dînettes de brindilles et d’herbes ou d’effeuiller les marguerites. Plus de promenades les mains dans les poches, en sifflotant une chanson et en cherchant l’aventure au coin de la rue. »

Les sujets abordés sont nombreux : le poids de l’héritage, l’affranchissement des codes sociaux, la place de la femme en société, la recherche de l’indépendance, les relations familiales… Même écrit en tout début du XXe siècle, ce roman reste très actuel de nos jours.

Ce roman confirme donc la place de Daphné du Maurier parmi mes auteurs préférés de tous les temps. Cependant, ce n’est pas son roman le plus marquant. A tous ceux qui ne connaissent pas encore l’œuvre de cet écrivaine, je conseillerais plutôt de commencer par Rebecca ou Le Bouc émissaire que je préfère pour leur côté mystérieux et inquiétant.

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